RÉFLEXIONS D'UN CITOYEN

La démocratie est une façon civique de confronter nos idées dans le respect mutuel.

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17
oct 2012
CÉLÉBRER DESSALINES, C’EST MARCHER À SA SUITE
Posté dans Liens par konbit à 7:49 | 3 réponses »

par Pratt Vernio MEMNON

CÉLÉBRER DESSALINES, C'EST MARCHER À SA SUITE dessalines 

Dessalines, à ce nom, ami, découvrons-nous !

Je me sens le cœur battre à fléchir les genoux

 Et jaillir à ce nom un sang chaud dans mes veines.

Suspendez vos plaisirs, recueillez votre cœur,

Songez à nos héros, songez à l’Empereur !

Et Jean-Jacques, semblable à quelque esprit de Dieu

Dicta l’indépendance à la lueur du feu !…  (Ignace NAU)

Je me suis toujours posé la question de savoir: pourquoi les Haïtiens célèbrent-ils avec autant de faste la mort de Dessalines, le père de la patrie, plutôt que sa naissance? Je trouve curieux que la mort d’un homme interpelle davantage la conscience de la nation que sa naissance.C’est d’autant plus déconcertant que la naissance d’un enfant, futur roi d’Haïti, est, à mon avis, un évènement plus mémorable que sa mort dans une grossière embuscade.

Vous imaginez ma joie de constater que plusieurs activités commémoratives, culturelles, littéraires et artistiques ont été organisées cette année par la Fondation Félicité(du nom de la première femme de l’Empereur Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines), notamment au Lycée Jean-Jacques (Croix-des-Bouquets), au village Théodat, à Pandyasou, à Dessalines (capitale impériale de 1804 à 1806), à l’Université Quisqueya et à la Bibliothèque Nationale, pour célébrer le 254e anniversaire de naissance de celui qui mena avec éclat la dernière guerre victorieuse de l’indépendance haïtienne. Aucune surprise donc, si je vous dis que je souscris d’emblée à l’idée que le 20 septembre remplace le 17 octobre, dans le but de célébrer la vie de notre Empereur et non l’ignominie de son assassinat. À la limite, étant donné que le 17 octobre est fortement ancré dans nos célébrations historiques traditionnelles, on pourrait le garder comme une journée de recueillement à la mémoire du grand héros, mais faisons de l’historique journée du 20 septembre une fête patriotique nationale qui rassemblera annuellement des foules de citoyens sur toute l’étendue du territoire national pour manifester leur reconnaissance et leur attachement au père fondateur de la patrie.

Jean-Jacques Dessalines, né le 20 septembre 1758 à Grande-Rivière-du-Nord était d’abord un esclave avant de devenir Empereur d’Haïti sous le nom de Jacques 1er. Il fait partie de ces multiples figures héroïques qui ont marqué l’histoire d’Haïti de sa conception jusqu’à sa naissance le 1er janvier 1804. Il est de la génération de ces hommes et de ces femmes qui incarnèrent et qui incarnent encore les valeurs fondamentales de liberté, caractéristiques des sociétés africaines et héritées de nos ancêtres. De la mutinerie de l’armée indigène contre l’expédition napoléonienne commandée par les généraux Charles Leclerc et André Rigaud en octobre 1802 à la bataille de Vertières en 1803 en passant par le sanglant combat de la Crête-à-Pierrot, Dessalines, l’une des figures les plus significatives, les plus distinguées de l’histoire d’Haïti, a été partie prenante de toutes les luttes insurrectionnelles pour un nouveau modèle de société dans l’enfer esclavagiste saint dominguois. Il est une voix puissante qui crie « liberté », un leader charismatique qui canalise les énergies des révoltés, une figure inspirante qui fait le pont entre le rêve de Toussaint Louverture et celui des esclaves. Homme de stature solide, il n’a pas peur d’affronter les colons. C’est d’ailleurs à lui qu’échoit le leadership des luttes émancipatrices au lendemain de l’arrestation de Toussaint Louverture dont il était le lieutenant. Il devient tout naturellement le « chef ». Son commandement des forces insurrectionnelles, c’est celui d’une bonne nouvelle extraordinaire, d’un signe de continuité, d’un élan libérateur, d’une bravoure qui ragaillardit les révoltés dans leur longue marche vers la liberté. En bon leader qu’il est, il rassembla autour de lui une brochette d’hommes et de femmes rompus aux techniques guerrières pour conduire la guerre de libération nationale jusqu’à la victoire finale.

Le 1er janvier 1804, il s’est révélé le patriote convaincu et confirmé qui, d’une part, proclame l’indépendance d’Haïti et, d’autre part, préside aux destinées de la jeune nation. Sa gestion politique est marquée par l’adoption de nombreuses nouvelles mesures dont une réforme agraire d’envergure qui affecte directement les intérêts des grands propriétaires terriens. Cette politique agricole, qui vise à corriger les inégalités foncières héritées des structures sociétales coloniales en donnant des droits de propriété au plus grand nombre, lui vaut bien des amis dans la masse d’anciens esclaves sans terre, mais aussi, et surtout beaucoup d’ennemis dans la classe possédante, car elle aura des implications sociale et économique significatives sur l’avenir du pays. Le 17 octobre 1806, il meurt dans une embuscade à Pont-Rouge, une embuscade conçue et tendue par ceux qui veulent substituer la société coloniale à une société néocoloniale identique sous toutes ses formes à la première. L’assassinat de Dessalines le fait passer de la mortalité à l‘immortalité dans l’imaginaire haïtien. Ce statut lui confère la reconnaissance de toute une race, la vénération de toute une nation. Il entre debout dans la mémoire et la conscience collectives haïtiennes.

Deux cent six ans plus tard, si le général revenait de chez les morts, quelles seraient ses premières paroles? Ce serait forcément : qu’avez-vous fait de ce pays que mes contemporains et moi, nous vous avions légué pour l’habiter avec fierté? Que laisserez-vous à votre tour aux générations naissantes et futures pour que, vous aussi, vous soyez admis au panthéon national?

Les questions du général nous interpellent : elles nous concernent directement, intimement. Si nous désirons un pays réellement souverain, c’est-à-dire être un peuple collectivement indépendant, nous sommes appelés à vivre comme des patriotes authentiques. Nous avions et nous aurons encore à affronter des résistances de toutes sortes et de toutes parts, intérieures et extérieures, mais c’est à nous de chercher à être continuellement cohérents avec ce que nous sommes et ce que nous voulons devenir. Ayons le courage de transcender nos intérêts socio-économiques propres et nos aspirations politiques mesquines pour mettre en place une véritable démocratie citoyenne et « indigène », laquelle démocratie est l’antidote d’une société caractérisée par l’inconstance et la fragilité des partis politiques, l’injustice sociale, l’iniquité économique, le gaspillage des fonds publics, les crises larvées entre les différents pouvoirs, l’incohérence des actions gouvernementales, l’urbanisation anarchique, l’atteinte à la dignité de la personne humaine. Depuis plus de deux siècles, nos élites politiques, économiques et intellectuelles n’ont cessé de s’enfarger dans une gestion publique importée qui éloigne les centres de décision du citoyen et qui n’accorde aucune attention à la réalité haïtienne. Conséquence, Haïti se retrouve être aujourd’hui une nation souverainement diminuée par la présence d’une force étrangère sur son territoire, totalement ravagée par des déblozailles politiques chroniques et environnementalement fragilisée par des conduites inconséquentes. Nous aurions pu avec un peu d’ingéniosité et de débrouillardise, faire de ce pays un grand pays, y établir la plus grande démocratie dela Caraïbe et être la référence dans la lutte contre les inégalités sociales et économiques excessives entre les membres d’une même nation. Quel dommage pour ce pays qui a la plus longue expérience de liberté, la plus abondante réserve de cerveaux et de talents et la main d’œuvre la plus remarquable dela Caraïbe !

L’heure est venue, chers compatriotes, de nous ressaisir, d’amender notre façon de penser afin de favoriser l’avènement d’une Haïti libre, heureuse, prospère, une et indivisible. La réflexion et les émotions du jour revendiquent, de chacun et de chacune de nous, le seul comportement responsable que nous devons avoir : nous tourner vers un patriotisme lucide et transparent. Nous tourner vers un patriotisme lucide et transparent veut dire que nous devons réorganiser les structures et le fonctionnement de la société haïtienne aux fins de faire entrer le pays définitivement dans le XXIe siècle. Pour cela, faisons appel à notre intelligence politique pour une gestion saine et haïtienne du pouvoir. Sans elle, la route risque d’être longue, pénible, sinueuse, mais surtout parsemée d’embûches ou pire encore, d’embuscades tendues par les forces rétrogrades qui n’ont jamais cessé d’œuvrer pour la zombification du peuple haïtien.

Au nom du courage et de l’héroïsme, inclinons-nous avec un profond respect et une grande gratitude devant la mémoire exemplaire et vaillante de tous les combattants des luttes émancipatrices haïtiennes du début du XIXe siècle particulièrement Dessalines et saluons la détermination patriotique et l’audace citoyenne de tous ceux qui continuent à se battre avec force et conviction pour l’émergence d’une société haïtienne juridiquement viable, écologiquement responsable, économiquement développée, démocratiquement gouvernée, socialement organisée et collectivement reconstruite. En ce 17 octobre 2012, souvenons-nous que le secret de l’indépendance réelle, effective et collective réside dans nos capacités à mettre nos pas dans les pas de Dessalines pour devenir à notre tour des bâtisseurs de vraie liberté et de vraie démocratie.


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3 réponses:

  1. henri de castres écrit:

    bonjour j’ai beaucoup appris sur l’histoire Haïti. Bon blog, bravo.

  2. Merci beaucoup et surtout invitez vos amis à visiter le blog.

  3. henri de castres écrit:

    c’est fait, j’ai fait passer le mot. Un blog remarquable.

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